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zèbre, surdoué, haut-potentiel: le problème des étiquettes

Zèbre, surdoué, haut-potentiel, le problème des étiquettes: contexte

La découverte de soi est un processus long et exigeant. Sur la route, des rencontres, situations et personnes révèlent certaines parties de soi. Les expériences agissent comme des miroirs qui reflètent certaines des mille et une facettes qui nous constituent.

Nous sommes des êtres humains composés d’une infinités de caractéristiques, formant un patchwork dont chaque combinaison est unique.

Nous pouvons partager des caractéristiques de forme, couleur, propriété, avec d’autres, cependant chaque personne est différente des autres.

Autour de moi j’entends beaucoup de personnes qui se réclament – souvent avec une fierté modeste – d’avoir été “diagnostiqué” zèbre, ou autre appellation. Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais de toute évidence, il s’agissait d’un espèce de titre honorifique qui légitimait un certain potentiel et des aptitudes particulière: sensibilité entre autres.

J’ai écrit cet article à cause de la réaction que cette appellation produit chez les nominés. Comme s’ils avaient gagné un concours et qu’ils arboraient un diplôme. Est-ce que ces titres sont les diplômes du monde spirituel?

Cet article fait le point sur les appellations zèbres ou haut potentiel, la tendance à les considérer comme des fins en soi et comment s’en servir.

Vous souhaitant une bonne lecture et n’hésitez pas à partager votre propre avis sur cette question!

 

Vous pensez que vous êtes zèbre ou haut-potentiel?

Vous avez remarqué des symptômes en vous depuis votre enfance: hyperactivité, déficit de l’attention, tendance à remarquer des détails que d’autres ne voient pas, capacité d’analyse fine, grande sensibilité.

Vous avez toujours cherché à comprendre pourquoi de toute évidence vous êtes différents des autres.

C’est ainsi que vous avez recherché des réponses non pas en vous mais chez des spécialistes, thérapeutes, coachs. Des recherches et test ont alors révélé que vous êtes zèbre, surdoué, haut-potentiel, voire même asperger.

Là où vous n’aviez identifié que quelques symptômes, vous découvrez maintenant les autres (comportement obsessionnel par exemple) et vous vous rendez compte que l’ensemble correspond à ce que vous vivez depuis longtemps.

Quel soulagement! Vous n’êtes ni fou, ni folle! Vos attitudes et réactions ont un sens!

 

Les vertus des étiquettes

Un outil de classification sociale

Les étiquettes sont un outil formidable. Elles rassurent le côté rationnel et permettent – enfin – de présenter à la société une image qu’elle comprend.

Les étiquettes sont aussi un outil de validation sociale, une interface, qui donne des clés sur votre personne. Rassuré, votre entourage peut enfin vous classer dans une case et comprendre vos réactions à travers ce prisme.

Au moyen-âge, il existait moins de distinctions et les hommes et femmes différents étaient rangés dans la catégorie folie. Les étiquettes existent avant tout à des fins d’identification sociale et de positionnement par rapport aux autres.

Etes-vous conscient de cela?

Guérir ses blessures de manque de confiance

Les étiquettes ont des vertus sociales, comme nous l’avons vu. Elles permettent aussi de guérir un manque de confiance en légitimant certains comportements.

Depuis votre enfance, vous vous sentez différent et cela est très difficile à accepter. Au fil des années, vous en avez pris votre parti mais vous avez toujours cherché à comprendre pourquoi.

Désormais, vous le savez, vous êtes zèbre, licorne ou autre animal exotique ou fantastique. En d’autres termes, vous avez certaines capacités de perception que d’autres n’ont pas.

Fort de cette nouvelle assurance en vous – votre différence est enfin reconnue à votre avantage – vous pansez vos blessures de manque de confiance, ce qui est une très positif pour la restauration de son estime personnelle, et la connaissance que vous pouvez faire, être et avoir tout ce que vous souhaitez.

Le besoin d’appartenance

L’étiquette correspond à un besoin primordial de l’être humain, l’un des échelons de la pyramide de Maslow: le besoin d’appartenance. Appartenir à une communauté est aussi important que la cellule familiale et chacun d’entre nous cherche la sienne désespérément. D’autant plus si la cellule familiale est défectueuse, le besoin de se sentir appartenir à un groupe qui partage quelque chose en commun avec nous, s’avère crucial.

Une étiquette offre donc beaucoup de bénéfices: elle permet de mieux se comprendre et aussi de découvrir des personnes qui partagent des défis similaires aux nôtres! Ces deux éléments sont des atouts indéniables pour se connaitre et partager ses réflexions avec ses pairs!

Une étiquette permet de trouver une famille. Cependant, comme dans toutes les familles, passer trop de temps ensemble n’est pas judicieux. Il faut à un moment que l’oiseau s’envole et fasse son propre nid pour ne pas courir le risque de consanguinité!

 

Les limites de l’étiquette ou Le mythe du génie

L’exemple du geek

Les amoureux des sciences de l’ordinateur ont créé une étiquette pour justifier leur inaptitude à se comporter socialement et leur repli sur soi. Ainsi, ils en ont fait une paire de lunette dont le filtre permet à la société de les identifier d’une certaine manière, se renfermant d’autant plus dans cette désignation qui devient petit à petit une identité.

Le geek est dans son élément dans une salle fermée face à un ordinateur. La personne qui a endossé volontairement ce rôle, s’y trouve confortablement installé au risque de se couper d’autres intérêts. Peut-on être geek et aimer le sport?

Autre exemple, celui de l’artiste torturé et fauché. Pendant longtemps, être artiste a été assimilé à un nuage de fumée, des expériences de drogue, le milieu de la nuit et l’esprit bohème. Heureusement, des artistes indépendants qui ont su inventer leur propre case, se racontent dans leur singularité: Haruki Murakami invente la case de l’écrivain/ coureur de marathon qui a commencé à écrire en arrêtant de fumer et de boire. Comme quoi l’inspiration n’est pas forcément liée aux vapeurs alcoolisées!

Les étiquettes n’existent que pour y prendre ce qui nous ressemble et s’en détacher au plus vite! En se limitant à un étiquette et son champ lexical, il est fort probable de se limite à cet intérêt/ passion et ainsi rencontrer seulement d’autres geek, écrivains, etc. et s’enfermer toujours plus dans ce rôle en se privant de ce qui vous correspond vraiment.

Créez votre propre case!

L’exemple des amis de lycée

L’adolescence est une situation d’observation sociale idéale. Tout y est résumé et stéréotypé. Il existe peu de nuances.

Ainsi, les affinités se résument à une similitude vestimentaire et les groupes renferment tous les rôles sociaux. Dans chaque groupe, il existe le leader, le timide, le souffre-douleur, la jolie fille, l’intello, etc. Chaque personne joue son rôle à la perfection et les rôles ne s’intervertissent jamais.

Il est très intéressant de remarquer que les groupes qui continuent à se fréquenter à l’âge adulte conservent ces rôles. A contrario, les personnes qui se sont émancipées de ces cases, notamment par des voyages à l’étranger reviennent avec des images de soi différentes. Je me souviens, lors de mon séjour Erasmus en Irlande avoir rencontré une jeune fille d’un village du nord de la France. Nous travaillions dans le même bar, j’étais serveuse, elle manager. Elle vivait en Irlande depuis plusieurs années, elle s’était découvert, disait-elle une nouvelle identité. Dans son village, les gens la considéraient comme laide et sans intérêt. Ici, ses longs cheveux bouclés, son énergie dynamique, sa joie de vivre avaient fait d’elle une jeune fille confiante, heureuse, rayonnante appréciée de tous.

Les rôles donnés consciemment ou non par l’entourage marquent une personne au fer rouge. Il faut du courage pour s’en délester intérieurement puis socialement.

Lorsque vous endossez volontairement une étiquette à l’âge adulte, soyez conscient que vous revêtissez un rôle. Ce rôle vous convient-il pleinement? Ne risque-t-il pas de vous enfermer d’une manière ou d’une autre?

Le mythe du génie

Il se peut que le fait de vous dire surdoué flatte votre vanité; le secret espoir du génie incompris resurgit. Vous le saviez bien que vous aviez quelque chose de spécial.

Alors, remettons les choses en perspective: tout le monde a quelque chose de spécial pour la simple raison que nous sommes tous UNIQUES!

Elizabeth Gilbert dans son très intéressant TED Talk fait la différence entre AVOIR du génie et ETRE un génie. Dans l’Antiquité, le fait d’être visité par des génies, n’avait rien d’ésotérique. Il était parfaitement envisageable d’admettre avoir été visité par un génie qui aurait soufflé telle ou telle idée à l’origine d’une création par exemple. Durant l’histoire de l’humanité, un revirement s’est opéré et l’homme a décidé que certains d’entre nous ÉTAIENT des génies, ceci entretient le mythe des élus versus les non-élus.

Avec les étiquettes, c’est encore ce mythe-là qui est entretenu.

La vérité c’est que nous avons des génies en nous et autour de nous. Parfois, nous les écoutons et nous créons de belles choses, nous avons des lueurs de génie. Cela ne fait pas de nous des êtres extraordinaires, simplement des personnes capables d’être à l’écoute de ces petites voix discrètes et volatiles.

 

 

Du bon usage des étiquettes

Une étiquette est un titre contenant une liste de caractéristiques et propriétés. C’est une construction intellectuelle d’un phénomène observable.

Zèbre, surdoué, haut-potentiel sont des classifications  décrivant certains phénomènes. Comprendre ses manifestations peut permettre de mieux se comprendre et même découvrir certains aspects de soi qui étaient dormants.

En revanche, l’étiquette ne doit pas devenir une identité.

Dépasser l’étiquette

Une fois que la liste des symptômes de l’étiquette ont été compris et analysés, le mieux à faire si vous souhaitez rester une personne libre et indépendante, c’est d’oublier l’étiquette et vous en détacher.
Pourquoi? Une étiquette est une boite, une case. Elle contient par définition des limites. L’utiliser trop longtemps peut finir pas vous définir voire par justifier vos actes ou non-actes. Par exemple, vous allez dire: je fais ceci parce que, tu comprends, nous les zèbres, …

Et là, c’est le début de l’enfermement car cette définition va être à l’origine de vos décisions.

Il est très constructif de s’analyser et s’écouter. Spiritualité et introspection marchent main dans la main. L’analyse de soi est un processus qui dure toute la vie. Par conséquent, se réduire à une seule case peut vous priver de nouvelles découvertes sur vous-mêmes. Gardez l’esprit ouvert et utilisez les étiquettes comme des outils de compréhension, non des fins en soi.

Nous sommes des patchworks de plusieurs étiquettes et chacun d’entre nous a une combinaison différente.

Bonne découverte!

Article écrit par Magali Defleur, auteur et éditrice

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